Histoire de la station télégraphique de la tour Eiffel
1900 – 1930

*** Avant-propos ***
L’histoire de la radio sur Internet est une multitude de copier-coller truffés d’erreurs et d’incohérences. Il était important que nous fassions des recherches pour connaître la vraie histoire de la radio.
Personnellement, je ne suis pas historien, mais il est important pour ce projet d’utiliser une méthodologie précise. C’est avec l’aide de Martin étudiant en licence d’histoire à l’université Jean Monnet de Saint-Etienne que j’ai mis en place cette méthode.
C’est aussi grâce à des documents précieux que nous avons récupérés avec une collection de matériels. Ces documents ont été compilés par un professeur d’histoire – Géographie, Monsieur Pierre Clerfeuille. Son travail de recherche était tellement bien fait qu’il était important de l’utiliser et de le faire connaître au public.
Pour retracer l’histoire de la radio,nous nous sommes basés uniquement sur des textes issus d’ouvrages de la bibliothèque du musée, des archives officielles et les travaux de Monsieur Pierre Clerfeuille.
Toutes les sources sont citées en description, vous pourrez ainsi vérifier par vous-même tout ce qui est publié dans ce texte.
En revanche, seules sont abordées les informations qui ont été vérifiables. Tout ce qui est écarté ou volontairement passé sous silence, c’est parce que, soit nous n’avons pas trouvé de documents d’archives officielles, soit parce que nous n’avons pas trouvé d’autres informations pour les recouper.
Christophe & Martin
La radio a permis un profond bouleversement dans notre société. Elle a permis à la population la plus isolée d’avoir accès à l’information et à la culture.
Aujourd’hui elle est partout autour de nous, elle influe sur nos vies tous les jours, même si on ne s’en rend pas compte. Tout objet du quotidien qui fonctionne sans fil est en réalité basé sur le principe de la radio.
Si l’histoire de la radio vous semble complexe et floue, voici nos travaux qui ont pour objectif de la simplifier pour mieux la comprendre.
Ce qui m’a toujours rendu perplexe, c’est d’entendre que les premières émissions de radio étaient des bulletins météo lus par des militaires pour les agriculteurs.
Il est difficile d’imaginer les militaires prendre de leur temps pour diffuser un bulletin météo pour des agriculteurs qui, de toute façon, n’avaient pas de récepteur radio ! Et pourtant, ce n’est pas complètement faux, enfin, il faut replacer tout cela dans le contexte et surtout éviter les raccourcis réducteurs pour que tout s’explique.
Alors les Marconi, Férrié, Ducretet, Edison, Branly et autre Popov, Gallétti, Forest; Lévy, et Tesla, qui sont-ils? Et qu’ont ils réellement inventé?
Si vous aimez l’histoire et la radio, ce qui suit devrait vous intéresser.
L’invention de la radio s’est faite presque par hasard, d’ailleurs elle n’est pas attribuée à une seule personne, mais à beaucoup de chercheurs, de savants et de scientifiques qui cherchaient à expliquer des phénomènes magnétiques et électriques.
Bien sûr il serait très réducteur et complètement faux de penser que l’histoire de la radio est purement française, mais il serait beaucoup trop long de tout aborder dans ce récit.
En réalité, la radio n’était pas prévue pour communiquer. Lorsque M. Branly a mis au point son Cohéreur, les applications qui en découleraient étaient très incertaines et seul la commande à distance semblait être une possibilité réaliste.
C’est Marconi qui à osé l’impensable, communiquer sans fil, mais d’abord, plantons le décor.
Nous sommes à la fin du 19ème siècle, le télégraphe et le téléphone fonctionnent par des câbles.
Voici quelques dates pour rappel :
1838 année de naissance du télégraphe électrique, 1876, le téléphone, 1880 mise en service des premières centrales hydro-électriques, 1881 la lampe à incandescence, 1882 le moteur à champ magnétique tournant, 1887 découverte des ondes radioélectriques.
Puisque nous nous intéressons à l’histoire de la radio, prenons Heinrich Hertz comme point de départ.
En 1889, le physicien Heinrich Hertz fait la démonstration qu’il était possible de transporter un signal simple sans fil sur une faible distance.
Pour cela, il a utilisé les travaux de plusieurs autres chercheurs et mis au point un montage qui rayonne un signal.
Il utilise une bobine de Ruhmkorff, une batterie et surtout met au point un oscillateur qui permettra de produire une grosse étincelle sur un éclateur constitué de deux sphères. Cela provoque une variation électrique, c’est une oscillation à haute fréquence.

En 1890 Edouard Branly, travaille sur l’expérience de Hertz et découvre un phénomène étrange, avec de la limaille de fer contenue dans un tube de verre qui réagit aux oscillations générées par l’oscillateur de Hertz. L’histoire retiendra le nom de Cohéreur, mais Monsieur Branly avait horreur de ce nom et préférait Radioconducteur.
Ce radioconducteur devient conducteur lorsqu’il réagit à un signal (plus tard un signal radioélectrique) et ainsi permet à un électroaimant de s’activer.
Pour résumer, grâce aux travaux de Hertz, on sait faire rayonner un signal sur une faible distance et grâce aux travaux de Mr Branly, on sait recevoir ce signal pour activer un électroaimant, mais toujours sur une faible distance.
Le professeur Albert Turpain qualifie cette découverte de “procédé inutile” alors que sur Wikipédia, il est l’inventeur de la TSF !?
A ce stade, l’objectif de Hertz et Branly n’est pas de créer des inventions, mais d’expliquer des phénomènes liés à l’électricité et au magnétisme. N’en déplaise au professeur Turpain, c’est exactement ce qu’ils ont fait.
C’est Nikola Tesla qui va perfectionner ce système dans le but de réussir son vieux rêve, celui de distribuer l’électricité sans fil.

Monsieur Marconi qui suivait toutes ces découvertes va oser l’impensable. Parce que oui, à cette époque, communiquer sans fil, c’est impossible et impensable et pourtant Marconi est sûr d’y parvenir.
D’ailleurs, en utilisant les travaux de Popoff sur le paratonnerre relié au cohéreur qui pouvait prédire l’arrivée des orages, il améliore la portée du rayonnement du signal et imagine alors, utiliser l’alphabet morse pour réaliser une communication sans fil.
Soulignons que, Marconi n’était ni professeur, ni ingénieur, ni chercheur, comme certains le disent, mais très malin, audacieux, riche et surtout passionné. Cela n’enlève évidemment rien à son génie.
Il parvient lors de ses premiers essais à réaliser une liaison télégraphique sans fils sur une distance de 2000 m. = 2km.
En 1897, il atteint une distance de 54 km entre l’émetteur et le récepteur. Ce qui est déjà une très belle performance.
Marconi décide de présenter ses travaux au gouvernement italien, mais on l’envoie retourner jouer dans le grenier de ses parents. Heureusement, il est plein de ressources et de persévérance.
Il se tourne vers les Anglais qui eux trouvent cette invention intéressante et lui proposent de déposer un brevet.
Il fondera la même année la Wireless Télégraph and signal Compagny.
En 1899 il réalise une liaison télégraphique au-dessus de la manche entre Wimereux et Douvres, en 1901 il réalise devant des témoins une liaison de 3 500 km.

Lors des essais de 1899 entre Wimereux et Douvres, une délégation militaire française était venue assister à la démonstration afin de se rendre compte de l’efficacité de la TSF. Convaincu par ce qu’ils ont vu, le Capitaine Ferrié rédige un rapport élogieux à sa hiérarchie et il sera désigné pour procéder à des tests pour l’armée française.
Le Capitaine Ferrié dirige la toute nouvelle école de télégraphie militaire depuis 1897. Il est diplômé de l’école polytechnique et de l’école d’application de l’artillerie et du génie.
Un très léger retour en 1897, Eugène Ducretet se lance dans l’étude de la TSF. Son entreprise est spécialisée dans la construction d’appareils de physique et aussi d’accessoires pour la TSF. Il se lance à son tour dans les expérimentations pour probablement accroître ses compétences pour ses propres constructions.
Eugène Ducretet a contribué à de nombreuses améliorations de la distance parcourue par un signal à haute fréquence. Avant Marconi, Ducretet cherche à améliorer le rayonnement du signal et c’est grâce aux travaux de Lodge et de Tesla qu’il y parvient.
En 1899 Le Capitaine Ferrié procède à des essais depuis des dirigeables. Comme ceux-ci sont gonflés avec un gaz hautement inflammable et que la station télégraphique de l’époque fonctionne en produisant des étincelles, vous imaginez le résultat.
Des accidents graves ont conduit le capitaine à changer de procédé, bien que différents systèmes aient été testés pour confiner l’étincelle, mais cela restait quand même très dangereux.
Pour éviter tout accident, la station télégraphique reste au sol et c’est l’antenne longue de plusieurs centaines de mètres qui sera fixée sous un gros ballon pour prendre de l’altitude.
L’utilisation de ballon comme support d’antenne pose vite problème, surtout les jours de vent. Pas besoin d’un fort coup de vent, avec une longueur de plusieurs centaines de mètres de câble plus un énorme ballon une brise commence à devenir contraignante. Le Capitaine Ferrié cherche une autre solution et aimerait pouvoir installer ses antennes sur un emplacement fixe et stable.
C’est une période expérimentale et les théories ne sont pas encore définies. La notion de longueur d’onde est connue, mais pas mise en application sur le calcul de la longueur d’une antenne. D’ailleurs, on ne parle pas d’antenne, mais de collecteur d’ondes.
L’idée à cette époque, c’est de mettre une longueur conséquente de câble, le plus haut possible et d’envoyer le plus de puissance possible.
Les premiers émetteurs sont à étincelles et demandent beaucoup d’énergie qui est augmentée par une bobine d’induction. Il s’agit de génératrices à haute fréquence. Cela ressemble à une sorte de “moteur” qui génère un champ magnétique tournant à haute vitesse. En réalité, il s’agit de machines de type de celles que l’on trouve dans les centrales électriques qui alimentent nos réseaux, mais pour lesquelles on a multiplié le nombre de pôles.

La puissance des émetteurs est définie sur la base du cheval et pas du watt, c’est-à-dire que le premier émetteur de la tour Eiffel a une puissance de 70 chevaux soit environ 40 Kw.
La terre joue un rôle mal connu, mais paraît déjà indispensable.
Les récepteurs sont également très simples, un collecteur d’ondes, un radioconducteur à limaille, un relais télégraphique et une prise de terre.
Les signaux télégraphiques reçus sont inscrits sur une bobine de papier à l’aide d’un marqueur actionné par le relais du récepteur.
Un grand nombre de chercheurs, de savants et de physiciens font des expérimentations individuellement et échangent régulièrement les résultats de leurs découvertes.
Citons pour exemple Popoff, Branly, Ruhmkorff, Lounge, Tesla, Marconi, Ducretet, Ferrié, mais il y en a d’autres, comme Galletti qui a été volontairement écarté par l’histoire alors qu’il a joué un rôle important dans le domaine des communications télégraphiques à grande distance.

crédit photo: Musée Galletti
Il a eu le seul défaut de faire de l’ombre à Marconi et a surtout joué de malchance. Marconi qui avait des relations les à utilisées pour mettre Galletti hors circuit.
Si vous désirez en savoir plus, il y a un musée qui est dédié à Galletti pas très loin de Lyon à Saint-Maurice-de-Rotherens (38). Monsieur Galletti avait une station télégraphique transatlantique sur cette commune de la région Rhône Alpes.
Ce musée est partenaire de la route des ondes.

La station de la Tour Eiffel
Nous allons maintenant aborder un monument qui a aussi joué un rôle très important dans l’histoire de la TSF. Il s’agit de la tour Eiffel.
C’est sur le terrain du Champ de mars qu’elle a été érigée pour l’occasion de l’exposition universelle de 1889. Ce terrain qui appartient à la ville de Paris est laissé à la disposition des militaires pour faire des manœuvres, mais régulièrement, il sert aussi pour diverses expositions. C’est une zone qui n’est pas vraiment aménagée, mais pas non plus laissée en friche.
La tour de Monsieur Eiffel a été construite en 2 ans, 2 mois et 5 jours. Mais elle devait rester en place seulement 20 ans. Jugée inutile et disgracieuse, elle a eu de nombreux détracteurs qui ont tout fait pour la voir disparaître.
Monsieur Eiffel qui pensait avoir réalisé sa plus belle œuvre fera tout pour que la tour ne soit pas démontée. Il exploite la tour en la faisant visiter et la rentabilise en seulement 6 mois.



Pour lui trouver une utilité, il fait installer divers laboratoires au 3éme étage. Haute de 300 m, elle se prête parfaitement pour des recherches sur la météo et aussi pour l’aviation.
Il installe même un bureau au 3éme étage et non pas un appartement comme on le lit un peu partout. Ce bureau permet de recevoir des invités, des savants, de faire aussi des expériences. Il semblerait que ce grand bureau ait également disposé d’un lit utilisé lors des expériences de nuit, c’est certainement à cause de cela que ce bureau sera confondu avec un appartement.
Le 5 novembre 1898 Eugène Ducretet fait des expérimentations de liaison télégraphique depuis le sommet de la tour. Ainsi, il réalise une communication entre la tour et le Panthéon où sont ses ateliers afin de montrer que la TSF est fiable et que les accessoires qu’il commercialise pour la TSF sont performants. L’année suivante, c’est avec Londres qu’il communique toujours depuis le sommet de la tour.
C’est lui qui va suggérer au Capitaine Ferrié d’utiliser la tour comme support pour l’antenne de sa station télégraphique. Bien sûr, Monsieur Eiffel qui est persuadé que la TSF à un grand avenir, met sa tour à disposition de l’armée et participe financièrement à l’installation de l’antenne.
L’installation des câbles d’antennes depuis le sol est facile et permet des liaisons performantes.

crédit Photo Site internet de la tour Eiffel et musée des armées
Ferrié met au point un détecteur électrolytique plus performant que le radioconducteur de Branly, qui avait un gros défaut, c’est le petit choc nécessaire pour le remettre en position de détection. De plus, la sensibilité aux signaux n’était pas exceptionnelle. Marconi va aussi développer un détecteur magnétique de son côté qu’il utilisera sur toutes les stations télégraphiques de son futur réseau.

En 1904, la station télégraphique du Champ de Mars ne sera pas installée au sommet de la tour comme certains le prétendent, mais dans des baraquements au pied du pilier Sud.
La première antenne est érigée parallèlement à la Seine et est constituée de deux câbles seulement.
L’année suivante, il peut communiquer avec les forts de l’Est à 400 kilomètres de distance, puis avec la base navale de Bizerte en Tunisie.
Cette période d’essais permet de constater qu’une station télégraphique installée sur la tour Eiffel serait un point stratégique, particulièrement efficace.
En 1907, le Capitaine Ferriè propose un projet de station télégraphique militaire permanente sur le Champ de Mars. Des pourparlers sont engagés entre l’état-major et la ville de Paris propriétaire du terrain.
La ville de Paris avait en projet pour ce terrain, de réaliser un parc aménagé. L’état-major retourne la situation en prétextant que les travaux d’aménagement de ce parc pourraient dissimuler les installations militaires ultrasensibles sous le champ de mars. Les discussions ont été longues, mais elles vont permettre de sauver définitivement la tour Eiffel. La ville de Paris a dû faire d’énormes concessions, parce que le projet du parc prévoyait la destruction de la tour.
De nouveaux quartiers étaient en train de sortir de terre dans l’environnement immédiat du Champ de mars et une station télégraphique à étincelles aussi puissante que celle des militaires faisait beaucoup de bruit. La municipalité donna son accord pour le projet militaire, mais imposa d’énormes contraintes aux militaires afin de limiter les nuisances sonores et visuelles pour les riverains.

Les travaux ont commencé au printemps 1908 et ils se sont terminés à la fin de cette même année.
Alors que l’installation des premiers appareils débute dans le bunker flambant neuf, une inondation recouvre la quasi-totalité du champ de mars et noie le bunker.
D’énormes travaux seront nécessaires pour remettre les locaux en état ce qui retardera de plusieurs mois l’installation. Ce n’est qu’en août 1909 qu’enfin les militaires prennent possession des locaux et installent la station télégraphique de la tour Eiffel. Elle sera opérationnelle début 1910.
Elle devient la station télégraphique la plus perfectionnée et moderne d’Europe.

Le réseau de télégraphie militaire est réparti sur tout le territoire français et toutes les stations entendent parfaitement la tour Eiffel. Ferrié va faire de nombreux essais de puissance afin de réaliser des liaisons télégraphiques de plus en plus loin.
Dans les rangs des officiers militaires, la TSF n’est pas encore bien vue et ne représente pas encore une technologie aussi fiable que les pigeons voyageurs. D’ailleurs en 1908, les pigeons sont encore le principal moyen de communication à grande distance pour l’armée malgré les performances atteintes par le Capitaine Ferrié et ses sapeurs.
La station télégraphique du Champ de mars est entièrement réalisée par les hommes du Capitaine Ferrié dans les ateliers qu’il dirige boulevard La-Tour-Maubourg avec quelques sous-traitants dont notamment Ducretet.
En 1910, une entreprise importante voit le jour, la société française radioélectrique (SFR), mais elle n’a rien à voir avec l’entreprise de téléphonie mobile que nous connaissons aujourd’hui. Elle est dirigée par Emile Girardeau qui était polytechnicien et officier du génie avec le Capitaine Ferrié. Cette entreprise, va construire les émetteurs et les stations qui équiperont les différents régiments français. Elle va également mettre au point la lampe ™ qui est une version française et améliorée de l’Audion de Lee de Forest.
Description de la station
L’antenne est constituée de 6 brins d’un diamètre de 5 mm dont une extrémité est fixée à 290m de haut sur la tour. L’autre extrémité est fixée sur des poteaux de 2m de haut le long de l’actuelle rue saint Dominique. Les 6 brins sont reliés en patte d’oie au-dessus de la cour intérieure à 50m au-dessus du bunker. A l’entrée du poste, le câble est en cuivre et il fait 22 mm de diamètre. La prise de terre de l’antenne se compose de plusieurs plaques en cuivre et zinc enfouies sous la salle des émetteurs représentant une surface de 600 m².

Le bunker se compose de 3 parties principales. La première est la salle de l’émetteur qui a des murs très épais. Non pas pour résister à un bombardement, mais pour confiner le bruit de l’émetteur très puissant. Elle se trouve au plus près de la tour.

La deuxième partie est la salle des transmissions, c’est de là que les sapeurs transmettent et reçoivent les messages.

La troisième partie est réservée pour les essais et entreposer du matériel. Une zone est également prévue pour l’hébergement du personnel, soit environ une vingtaine de personnes.
Une précision sur un point obscur
Dans les archives la description du bunker dit précisément ceci : 3 salles ; une pour les essais, une pour la réception et une pour la haute tension.
Nous savons grâce à d’autres descriptions que la salle de la haute tension est celle qui héberge l’émetteur. En revanche, là où il y a interprétation de notre part, c’est la deuxième salle qui est nommée la salle de réception.
Il est vraisemblable que la transmission des messages se fit aussi dans cette salle. Nous savons toujours d’après d’autres documents que tous les sapeurs présents sur le site n’avaient pas le droit d’aller dans la salle de la haute tension pour des raisons évidentes de sécurité. Il est néanmoins tout à fait possible que l’opérateur ait été habilité à pénétrer dans la salle haute tension et qu’un espace soit aménagé pour qu’il puisse transmettre les messages.
Le manque de précision et de photographie ne nous permet pas d’avoir de certitude sur ce petit détail. Une visite au musée des armées de Paris devrait nous permettre d’avoir plus de précision.

crédit photo livre “la télégraphie sans fil et les progrès dans la TSF”

L’émetteur dispose d’une puissance de 40 Kw environ, seulement, je vous rappelle que c’est un émetteur à étincelles. La note télégraphique qui arrive au récepteur est de l’ordre d’une centaine de Hertz.
Pour ceux qui ne sont pas télégraphistes, c’est un son très grave et peu agréable à écouter. Il est également difficile de décoder les signaux avec une tonalité aussi grave et cela favorise considérablement les risques d’erreurs.
Quand la réception se fait avec un stylet qui enregistre sur une bande de papier, la tonalité est un peu moins importante, mais lorsque c’est l’oreille humaine qui doit décoder, c’est un problème sérieux.
C’est pour remédier à cette difficulté que l’émetteur va évoluer. Je vous passe les détails techniques, mais la fréquence d’étincelle sur la nouvelle version passe de 400 à 600 Hertz.
Cette génération d’émetteurs s’appelle un émetteur à étincelles musicales. Cette amélioration est très appréciée par les sapeurs télégraphistes du génie.
La puissance augmente également à 300kW ce qui permet de réaliser des liaisons transatlantique d’excellentes qualités.
La radio pendant la guerre
Quelques mois avant la Première Guerre mondiale, les postes télégraphiques qui équipent l’armée ne sont pas encore très répandus, mais les points stratégiques sont reliés au réseau du Capitaine Ferriè. Les ordres passent par la TSF. Les bateaux ainsi que les avions sont également équipés progressivement avec des moyens de communications par TSF.
Du personnel est formé et la TSF s’impose de plus en plus, démontrant son utilité au sein des forces armées. Pendant la guerre, il est aisé de détecter la position des émetteurs ennemis depuis un avion par le procédé de goniométrique. Plusieurs tentatives de bombardements par des dirigeables seront ainsi déjouées grâce à l’interception de messages par la station du Champ de mars.
Au début de la guerre, le Capitaine Ferrié sait que si Paris tombe aux mains de l’ennemi, cela risque de paralyser les communications militaires. Il propose donc la construction d’un émetteur à Lyon sur le terrain militaire de la Doua à Villeurbanne. Son rôle sera de prendre le relais si l’émetteur de la tour Eiffel n’est plus opérationnel.
Pendant la période du conflit, presque tout le monde utilise les émetteurs à Arc Poulsen avec des puissances pouvant atteindre 450 kW.
Il y a plusieurs anecdotes passionnantes sur le rôle qu’a joué la station de la tour Eiffel pendant la Première Guerre mondiale. Lorsqu’on vous dit que la tour a joué un rôle capital lors du conflit, ce n’est pas anodin.
Si ce monument avait été détruit comme c’était prévu, il y a beaucoup de chance que l’issue de la guerre aurait été différente.

crédit photo “musée des armées”
Les premiers essais en téléphonie
La transmission de la voix humaine par radio a été plus compliquée à mettre au point. La télégraphie, c’est juste un signal qui est toujours le même donc il est plus facile à transmettre. La voix humaine est ce qu’on appelle une modulation de plusieurs fréquences et c’est précisément cela qui pose problème.
Les émetteurs utilisés jusqu’alors, ne permettent pas de transmettre un signal modulé. Même la version à arc Poulsen et à étincelles musicales qui permettent une meilleure transmission du signal télégraphique, ne permettent pas en l’état de faire passer la voix.
Des essais ont été réalisés depuis 1906, mais sans grand succès. Lee De Forest arrive à réaliser une liaison en radio-téléphonique de 56 km, avec du matériel téléphonique adapté depuis la tour Eiffel. Il avait inventé un tube amplificateur nommé l’Audion. Celui-ci aide considérablement la réception des signaux audio sur les récepteurs, mais ce n’est pas encore suffisant pour obtenir une bonne qualité de réception en radiotéléphonie.
Pendant la grande guerre, de nombreux savants et chercheurs développent les lampes et c’est grâce à cette toute jeune technologie qu’il sera enfin possible d’envoyer la voix humaine sur les ondes. Au début des premiers émetteurs à lampes, il n’est pas possible d’obtenir la même puissance que ceux à arc ou étincelles. Cependant, des émetteurs de faible puissance permettent des liaisons en radiotéléphonie à courte distance, de bonnes qualités.
Après la guerre de 14-18 sur le site de la station de la tour Eiffel, le Colonel Ferrié, va lui aussi procéder à des essais de radiotéléphonie. Je précise que ce n’est pas une erreur, car vers la fin de la guerre, le capitaine est promu colonel.

crédit photo: livre “Quand la radio s’appelait TSF”
En 1920, ils parviennent à réaliser un émetteur abouti et fonctionnel entièrement à lampes avec une puissance de 800W. C’est peu par rapport à la puissance colossale de l’émetteur télégraphique, mais c’est déjà une prouesse technique remarquable pour un émetteur radiotéléphonique.
La qualité de la transmission semble très prometteuse, mais il faut encore faire des essais.
Cet émetteur est constitué de 4 lampes Guériot alimentées en parallèle avec une tension de plaque de 2300V sur une longueur d’onde de 2600 m. soit la fréquence de 115 KHz.
La modulation est réalisée grâce à une cinquième lampe identique aux 4 autres, mais excitée par un amplificateur téléphonique relié au microphone.
Le Colonel Ferrié recevait des rapports satisfaisants de toutes les stations du réseau répartis sur le territoire, et même d’un paquebot qui croisait à 1500 km de la tour Eiffel.
La qualité de ses essais étant encourageante, le Colonel décida de passer à l’étape suivante.
Pour rappel à cette époque, bien que les communications télégraphiques fussent sous le monopole de l’Etat, il n’y avait pas de réglementation sur les radiocommunications et tout le monde pouvait écouter librement les transmissions militaires. D’ailleurs, certains amateurs courageux avaient même le droit d’émettre.
Pour avoir cette précieuse autorisation, il fallait demander à plusieurs administrations ce qui semblait être à l’époque un parcours du combattant de haut niveau.
Les premiers essais de transmission en radiotéléphonie font la joie des amateurs, qui s’appelaient d’ailleurs des “sans-filistes” et non pas des amateurs ou radioamateurs.
Ils se réunissaient déjà dans des radio-clubs pour écouter les premières émissions en radiotéléphonie, néanmoins avant cela, ils avaient pris la peine d’apprendre à décoder la télégraphie morse pour suivre les transmissions militaires.
Ce n’était pas interdit et d’ailleurs, les transmissions militaires sensibles étaient chiffrées surtout pendant la Première Guerre mondiale, les militaires français se savaient écoutés, mais ce n’était pas des sans-filistes qu’ils avaient peur…
Voici les horaires de transmission du poste de la tour Eiffel en 1920/21

Début 1922, Le Colonel Ferrié fait lire un bulletin météo issu de l’office national météorologique qui est relativement complet et facile à comprendre pour le public.
Pour rappel, l’objectif du Colonel et de son équipe est de faire des essais de transmission en radio-téléphonie.
La diffusion de la météo par la voix devient très vite populaire et c’est un certain Henry Chéron, ministre de l’Agriculture, maire de Lisieux et sénateur du Calvados, pardonnez du peu, qui trouve un intérêt extraordinaire pour les agriculteurs.
A tel point qu’il fera publier dans le journal officiel du 29 juin 1922, une recommandation aux préfets pour inciter les municipalités à installer des récepteurs à galène public et de faire prévenir les agriculteurs pour qu’ils puissent prendre connaissances de ces bulletins météo.

Après avoir passé un accord avec le Colonel Ferrié et l’Office national de la météorologie, à partir du 15 juillet 1922, 3 bulletins météo seront diffusés depuis le poste de la tour à 4h50, 12h50 et 18h10 heure de Paris.
La chambre du commerce demande à son tour, la diffusion des cours de la bourse par la TSF. L’administration des PTT passe un accord avec le ministère de la guerre pour l’utilisation du poste émetteur de la tour.
La qualité de la modulation est acceptable, mais pas encore parfaite et Ferrié va avoir une excellente idée pour procéder à de nouveaux essais. Il va utiliser des acteurs civils plutôt que des militaires qui avaient bien autre chose à faire.
Il est vrai que les sapeurs du génie, lisaient des bulletins météo. Parfois très maladroitement et avec un accent qui semble avoir marqué les esprits. Ainsi, face à la montée de l’audience de curieux et avant que cela ne tourne mal, pour protéger son personnel, excellent dans son travail mais pas du tout habitué à parler en public, il décide d’utiliser des chanteurs, des artistes et musiciens pour venir “utiliser” le microphone; l’équipe technique des sapeurs se cantonnera aux mesures, aux réglages et contrôlera que tout se passe bien.

L’idée du Colonel Ferrié est très bien accueillie par les sans-filistes et de plus en plus de curieux écoutent le poste de la tour Eiffel. Certains journalistes, qui avaient eu l’idée quelques années auparavant de faire des “conférences” publiques pour lire des articles de presse, ont eu l’idée d’adapter leur projet qui n’avait jusque-là pas abouti, à la TSF. En accord avec le chef de la station, ils vont donner naissance au premier journal parlé au micro du poste de la tour Eiffel.
Le Colonel Férrié n’avait pas l’intention d’inventer la radiodiffusion. Son objectif était tout simplement de faire des essais de transmission de radiotéléphonie sans pour autant utiliser ses effectifs là où ils seraient moins utiles.
Il faut cependant apporter une très petite précision.
Si on attribue les premières émissions de radiodiffusion à la Tour Eiffel, il faut quand même souligner les deux transmissions de radiodiffusion qui ont eu lieu à Saint Assise. J’ai plusieurs fois lu dans divers ouvrages que Saint Assise avait également procédé à des diffusions de la voix avant la tour Eiffel, mais sans aucune précision, ni aucune source. Pendant longtemps, je ne savais plus vraiment où se situait la vérité.
Replaçons cela dans le contexte:
En 1920, les ingénieurs de la SFR travaillent sur la construction de la station de Saint Assise. De l’autre côté de l’Atlantique, un ingénieur de la Westinghouse a créé la première station de radiodiffusion qui diffuse des programmes réguliers pour le public, mais avec une faible puissance.
À cette époque, les entreprises françaises qui développent du matériel pour la TSF sont réputées pour être les meilleures. Piqués au vif, les ingénieurs de la SFR ont voulu prouver qu’eux aussi étaient capables de faire aussi bien que les Américains. Ils décident d’émettre un discours suivi de musique le soir du 26 juin 1921. Cette transmission depuis Saint Assise est reçue dans une salle de la rue Blanche à l’occasion d’un événement en l’honneur de Monsieur Branly.
Ils renouvellent l’opération cinq mois plus tard en diffusant un concert qui a lieu au château de Saint Assise lors d’un dîner à l’hôtel Lutétia en l’honneur de Monsieur Ampère. Il n’y aura pas d’autre transmission de ce type depuis la station de Saint Assise.
Alors qu’aucune précision technique n’est disponible, ces deux émissions étaient des expériences alors que les essais du Colonel Ferrié avaient pour objectif l’amélioration de la transmission de la voix et elles étaient régulières. On peut donc admettre que les premières émissions à destination du public sont réellement attribuées à la station de la Tour Eiffel.
Voilà donc le fin mot de l’histoire.
En 1922, d’autres stations vont émettre en Île-de-France, citons Radiola, qui est la première station privée puis le poste des PTT qui prendra la relève de la station de la tour pour la diffusion à destination du public etc.
Il y a un point que j’ai jusque-là volontairement mis de côté. La station de la tour Eiffel, va également diffuser un signal très utile pour plusieurs services, c’est le signal horaire.
C’est à partir de 1910 que la station de la tour transmet deux fois par jour à 00h et à 10h, un signal qui a pour objectif la synchronisation de l’heure. Il faut dire qu’avant cela, c’était un joyeux bazar, chacun avait l’heure de sa montre et il y avait une grande différence entre le nord et le sud de la France.
Bien sûr, il y avait un service d’horloge par téléphone, mais celui-ci n’était pas accessible à tous. Gustave Ferrié met en place un système pour les navires équipé de la TSF, et invente une méthode pour transmettre l’heure par la télégraphie. L’automatisation de cette procédure devient rapidement une évidence pour obtenir encore plus de précision. C’est un ingénieur français, M. Belin, qui va développer une machine pour piloter l’émetteur télégraphique depuis une horloge. Cette machine va transmettre le signal automatiquement sans intervention humaine.

En 1913, une conférence de l’heure, décide la méthode de transmission des signaux horaires pour harmoniser les procédures. La France était la première en Europe à mettre en place ce système, mais d’autres pays vont à leur tour reproduire et utiliser ce système.
Avant de terminer cet exposé sur l’histoire de la radio en Françe, il y a un homme dont il faut parler.
Il s’agit de Lucien Lévy. Ingénieur dîplomé de l’école supérieure de physique et de chimie industrielle de Paris, il est affecté comme soldat en 1916 au laboratoire de la radio militaire de la tour Eiffel sous les ordres du colonel Ferrié, et il deviendra son bras droit.
Après la guerre de 14, il crée les Etablissements radio LL rue de Javel à Paris et construit des récepteurs radio qu’il commercialise à partir de 1922.
Il déposera deux brevets dont un qui va profondément changer le monde de la radio, c’est celui qui lui donne la paternité du superhétérodyne*. En 1924, il met au point l’antenne dipôle* à feeder.
Il va également fonder une station privée sous l’appellation Compagnie nationale de radiodiffusion – Radio LL en 1926. Avec une autorisation temporaire d’émettre, Radio LL existera jusqu’en 1934 où le matériel sera vendu pour devenir Radio Cité.
*Le superhétérodyne est un principe qui permet à un récepteur radio d’être beaucoup plus sensible par un ou plusieurs changements de fréquence.
*Le dipôle feeder est une antenne extrêmement simple qui se compose de deux pôles. Le feeder est une ligne d’alimentation composée de deux conducteurs isolés.
Conclusion
Le poste de la tour Eiffel et les travaux du Général Ferrié ont beaucoup apporté à la radio française. Que ce soit pour les radiocommunications ou la radiodiffusion, ces pionniers ont tout inventé en partant de pas grand chose.
Il est important de connaître ces parcours fabuleux pour nous qui, aujourd’hui, profitons et aimons la radio. Sans ces pionniers et leurs extraordinaires génies, notre vie moderne serait bien différente.
L’invention de la radio a été une fabuleuse aventure humaine devenue possible grâce à de nombreux savants et chercheurs de différentes nationalités.
Depuis le début du 20ème siècle , cette technologie rapproche les hommes. C’est certainement après l’imprimerie, la deuxième invention la plus importante.
Radio ou TSF ?
La TSF fait référence à la télégraphie sans fil, donc aux communications.
Même si à une époque comprise entre 1921 et 1925, les récepteurs permettaient de recevoir les transmissions télégraphiques militaires et la radiodiffusion, le terme radio fait bien référence à la radiodiffusion. Les abus de langage ou les habitudes ont fait le reste.
L’histoire de la radio est longue et complexe, même si elle n’a qu’une centaine d’années, les recherches sont longues et parfois difficiles. Il y aura donc une ou des suites qui viendront compléter ce récit.
Sources:
Livre “Le siècle de la radio” J-C Montagné.
Livre “Histoire de la radio” par René Duval
Livre “La télégraphie sans fil” par A. Berget
Livre “La télégraphie sans fil et les progrès dans la TSF” par Lucien Fournier
Livre “Quand la radio s’appelait TSF” par Bernard Pouzols
Livre “Roberto Clémens Galletti di Cadillhac” de Mario Guidone, Clara Muzzarelli Formentini et Joêlle Perrier- Gustin.
Archives militaires, musée des armées de Paris.
Annales des PTT 4éme année n°4 juin 1914
Annales des PTT 11éme année janvier février 1922
Archives personnelles et travail sur l’histoire de la radio de Monsieur Pierre Clerfeuille.
Bibliothèque et archives du musée de la radio et des communications d’Auvergne.
Radiofil magazine n°49 article de J-C Montagné.
Magazine “Tout pour la radio” Juin 1934
Remerciements
L’équipe du musée remercie tous ceux qui ont pris part à la rédaction de ce texte.
Merci aux correcteurs et aux lecteurs, un grand merci à Hervé professeur de physique chimie pour son aide et ses avis toujours précieux, à Monsieur Jean Pierre Clerfeuille pour son aide technique et son aide à la mise en forme du texte, au personnel des archives départementales de Paris qui nous ont aidés et conseillés, à Madame Perrier – Gustin du radio-musée Galletti pour les renseignements, à madame Milléssa du musée des armées pour sa gentillesse et sa disponibilité. Et enfin un grand merci à Monsieur Pierre Clerfeuille.

Les informations qui nous ont permis de rédiger ce texte sont issues des recherches et des archives de Monsieur Pierre Clerfeuille ainsi que de ses livres qui ont été confiés au musée par ses enfants.
Il a compilé beaucoup d’informations et de livres qui aujourd’hui sont introuvables et sans lui ce travail de recherche sur l’histoire de la radio n’aurait probablement pas été aussi complet et précis.
L’équipe du musée de la radio et des communications d’Auvergne lui dédie ce travail que nous avons pu réaliser grâce à lui.
Merci également à sa famille, de nous avoir confié ce patrimoine.



Collection de télécartes et de cartes Postale
Cette collection appartient à Monsieur Pierre Clerfeuille, géré aujourd’hui par le musée de la radio et des communications.














L’intégralité de la collection de Monsieur Pierre Clerfeuille est exposée au musée de la radio et des communications d’Auvergne.
Musée de la radio et des communications d’Auvergne
Place du Monteil
43120 Monistrol sur Loire
L’histoire de la radio appartient à tout le monde, vous pouvez donc utiliser ce document librement en citant la source.
La vente des photos et du texte est interdite
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