La radio industrie

Restauration du récepteur n°35 de 1923

Récepteur Radio-industrie n°35 restauré
Récepteur Radio-industrie n°35 restauré

Récepteur de la collection Clerfeuille n° d’inventaire CC-11-2025

À l’origine, il n’était pas prévu de faire un compte-rendu public de cette restauration, mais comme il ne reste que très peu de traces des appareils de cette marque, j’ai eu l’idée de laisser quelques informations sur Internet. C’est également pour cela que la grande partie de cette vidéo sera faite sur des photos. Je vous en parlerais plus en détail plus loin.

Profitant de la période hivernale ou le musée est fermé au public, j’ai entrepris de restaurer cet appareil que je trouve magnifique. Il est vrai qu’aujourd’hui les postes de cette marque sont très rares, mais il en reste quelques modèles chez les collectionneurs qui, par chance, les conservent précieusement.

L’histoire de ce modèle en particulier est spéciale, voilà pourquoi il me tenait à cœur de le restaurer, mais vous allez découvrir que ce n’est pas à moi que revient le mérite de ce travail. Je me suis contenté d’être la main qui a réalisé le remontage qui n’aurait pas été possible sans l’immense travail de recherche qui a pris presque 20 ans pour rassembler les informations nécessaires pour lui redonner vie.

Le dossier de ce poste comprend 103 pages, c’est très important pour la suite. 

Je souligne que si effectivement ce modèle est très joli extérieurement, il reste un modèle de moyenne gamme très peu élaboré dans son montage et pas du tout soigné comparé à d’autres marques de l’époque qui fabriquaient des appareils avec un câblage soigné. Ici, il n’en est rien, c’est du montage volant presque amateur, avec des composants achetés à d’autres marques pour certains et d’autres fabriqués sur mesure. Il n’empêche qu’il a existé et que sa restauration a donc été faite en respectant ce type de montage et autant que faire se peut en respectant la position des composants et bien entendu le schéma.

L’idée étant, comme toujours pour le musée de la radio, de présenter des appareils authentiques qui n’ont pas été modifiés ou améliorés.

Intérieur du poste modèle N°35
Intérieur du poste modèle N°35

Comme je vous le disais précédemment, le but de cette vidéo n’est pas de vous montrer pas à pas la restauration de cet appareil, cela n’a pas beaucoup d’intérêt. Je vous montre quelques curiosités quand même, mais l’objectif est de laisser des traces et surtout le schéma de ce modèle. Comme je vous l’ai dis, cette marque est aujourd’hui rare sur Internet, c’est donc juste pour partager les informations essentielles que j’ai à disposition. Je ne peux pas non plus vous dévoiler le dossier complet, parce qu’il y a beaucoup de correspondances et par respect pour les personnes et leurs familles, il n’est pas question de les rendre publics même s’il n’y a rien de personnel dans ces échanges. En revanche partager les quelques informations techniques, ce sera peut-être utile pour d’autres collectionneurs.

Ce récepteur est un modèle qui a été acheté en 1984 pour le prix de 900F.

Lorsqu’il reçoit cet appareil, il savait qu’il avait été modifié non pas par le propriétaire précédent, mais probablement entre 1930 et 1940. Le vendeur et l’acheteur avaient d’ailleurs échangé par courrier à ce sujet.

Ces recherches pour cet appareil ont duré de 1984 jusqu’à au moins 2002. Ces dates sont connues par des courriers échangés pour des renseignements et qui sont dans le dossier.

L’objectif en 1984 était donc de le remettre dans son état d’origine, sauf qu’à cette époque, il n’y avait à peine plus de documents qu’aujourd’hui, mais des collectionneurs qui échangeaient avec beaucoup de courtoisie sur leur passion.

Je ne souhaite pas dévoiler la fin maintenant, mais il est important de savoir que 90 % du travail a été fait par M. Clerfeuille qui pendant une vingtaine d’années a recherché les informations, rassemblé les composants et procédé à de nombreux essais. Malheureusement, il n’a pas eu le temps de terminer cette restauration et c’est donc moi qui ai la charge de finir ce projet. Cela n’a pas été simple, parce qu’il a fallu parcourir tout le dossier pour comprendre les démarches de mon prédécesseur afin de respecter son travail et l’état d’origine du poste. C’est donc avec beaucoup de respect et des choix parfois difficiles que j’ai avancé pas à pas pour reconstituer ce magnifique objet.

Par chance, extraordinaire, il a beaucoup documenté ses recherches et pour cause, cela s’est passé sur une vingtaine d’années, il aurait été compliqué de ne pas mettre par écrit ses réflexions. Mais elles ont néanmoins permis un remontage précis et respectueux du modèle.

La première chose importante qui a été faite en 1984, c’est un relevé minutieux du schéma avec des photos argentiques pour reconstituer ce qui a été modifié et ce qui reste d’origine. Malheureusement, comme on peut s’en douter, il ne restait pas grand-chose d’origine et la jolie caisse en bois a été percée pour ajouter des commandes. On ne peut pas en vouloir à celui qui a cherché à améliorer les performances de ce récepteur qui, je vous le rappelle, n’était pas d’une technologie très évoluée. D’ailleurs dans les correspondances, on retrouve un échange sur une deuxième version de ce modèle qui daterait de 1924 soit un an à peine après la sortie de celui-ci.

C’est justement sur le schéma du modèle de 1924 que celui-ci a été reconstruit, car les évolutions ont été minimes et c’est sur les commandes que celles-ci ont eu lieu. On le retrouve bien en comparant les photos du modèle d’un collectionneur qui a apporté une aide précieuse avec son propre modèle.

Comme il s’agit d’un modèle à réaction, la position des selfs fixes et mobiles n’ont pas été simples à retrouver. Comme vous pouvez le voir sur les plans réalisés à l’époque, il a fallu faire de nombreux calculs pour y parvenir.

Support de selfs du premier modèle

Avant d’aller plus loin, voici les documents qui serviront pour la restauration.

Il s’agit de photos d’un poste du modèle similaire, mais de la deuxième version de 1924 ce qui a considérablement aidé pour le projet.

Encore une fois, ça fait peu d’informations, mais c’est tout ce qu’il y a de disponible pour avancer et sans les nombreuses notes et échanges présents dans le dossier, il serait resté à l’état de boite vide puisque c’est ainsi que le musée en a pris possession en 2024.

Photos de poste
modèle d'origine
la publicité du modèle de 1923
la publicité du modèle de 1923
Photos argentiques 1984
Photos du RI n°35 dans le dossier
modifications du poste
Tout ce qui est encerclé de jaune est à supprimer.
vue de l'intérieur

J’estime la modification entre 1930 et 1940 d’après les composants utilisés.

schéma du RI n°35 de 1923

Il est équipé de 4 lampes TM qui réalisent l’amplification, la détection, et deux lampes pour la partie basses fréquences.

Les trous dans la caisse ont été adroitement rebouchés, je n’aurais certainement pas fait mieux, même s’ils se voient encore un peu. Fallait-il refaire une façade et le dessus ? Ça se discute. Dans le cas de notre musée, nous avons établi un protocole afin de respecter l’histoire et la représentativité du matériel. Pour tout appareil qui date d’avant 1945 la restauration doit être limitée au strict minimum.  Il faut intervenir avec parcimonie sur le matériel et dans le cas de ce modèle, refaire la façade complètement aurait peut-être été une solution acceptable si tout l’intérieur n’avait pas été modifié et donc à refaire. En tenant compte de cela, refaire l’intérieur plus la façade et le dessus, il reste trop peu de matière d’origine pour dire que le poste est d’époque. Cela aurait déclassé le poste en réplique et ce n’est pas notre but d’exposer des répliques. Donc il faut parfois prendre des décisions, pas toujours facilement d’ailleurs, mais c’est important.

Réparation de la caisse

Regardez le condensateur variable d’accord comment il a été fabriqué et répliqué sur la copie identique du modèle de référence. Il est constitué de deux plaques en laiton isolées par une feuille de mica. La vis centrale rapproche les plaques faisant ainsi varier la valeur capacitive.

Condensateur d'accord
CV d'accord
intérieur du poste pendant la restauration

Les composants utilisés en 1923 sont à peu près toujours les mêmes. Il n’y en avait pas beaucoup. On retrouve des selfs, des condensateurs, des résistances et des transformateurs.

Ces derniers sont d’époque, mais pas d’origine malheureusement. Les selfs du système à réaction sont neuves, la self du sélecteur est d’origine par contre. Les condensateurs fixes sont d’origine est constitué de feuilles de cuivre coincé entre deux morceaux de plastiques noir. Le condensateur variable est une reconstitution et enfin, les résistances ne sont pas d’origine parce que complètement absente.

Ce sont ces dernières qui m’ont finalement posé le plus de problème. Impossible de savoir dans les documents à quoi elles ressemblaient. Donc j’ai tout simplement regardé sur les postes à batteries de 1923 le type de résistances utilisées et j’ai remis les mêmes dans ce poste. Mais quand je vois les condensateurs, je doute que les résistances aient été équivalentes à celles que j’ai monté. Je suppose qu’ils avaient enroulé du fil résistif sur un mandrin en plastique et calculé à peu près la valeur dont ils avaient besoin. Ça devait coûter bien moins cher de se fabriquer les résistances nécessaires. Surtout qu’il y en a seulement deux !

Encore une fois, cela illustre bien le type de montage presque amateur qui a été fait sur ces modèles. Alors qu’à la même époque sur des appareils de marques concurrentes, on retrouve de vrais condensateurs et de vraies résistances.

Les informations sur la marque ont été trouvées sur DocTSF puisque c’est à ce jour la seule source d’information disponible.

C’était une petite entreprise parisienne qui n’a pas construit beaucoup d’appareils.

Son adresse de 1922 à 1934 était au 25 rue des Usines dans le quinzième arrondissement de Paris.

À partir des années 1930, environ l’entreprise décroche un contrat avec le ministère des armées et commence à réaliser des appareils militaires.

Elle aurait été absorbée par la société Thomson suite à des difficultés financières. 

Pour plus de détails, je vous suggère d’aller sur DocTSF.

La restauration a duré un mois et demi. C’est de loin le projet le plus intéressant et instructif que j’ai réalisé, même si mon travail ne s’est limité qu’à la partie remontage.

Reprendre le projet d’une personne qui a œuvré pendant 20 ans pour l’aboutissement de celui-ci n’est une chose simple. Surtout quand cette personne n’est plus là pour donner son point de vue et ses conseils. C’est avec beaucoup de respect et d’humilité que j’ai, chaque jour, assemblé les composants de ce poste. Il fallait respecter le montage d’origine et le travail qui a été fait au risque de ne pas pouvoir inclure cet objet a l’inventaire de la collection. Je n’étais pas sûr d’y parvenir, mais pour réussir cette mission, je me suis contenté de respecter à la lettre les instructions laissées par son propriétaire précédent. C’est un très bel appareil et une place de choix lui sera réservée sur les étagères du musée.

Il faut souligner que c’est une chance d’avoir un exemplaire de cette marque et cela est possible grâce aux collectionneurs passionnés, acharnés même qui ont reconstitué la partie technique de A à Z avec les informations qu’ils avaient à leur disposition. Je me permets donc de conseiller à tous les collectionneurs privés de documenter leur collection autant que possible, surtout les modèles rares, parce que peut-être qu’un jour cela permettra de conserver le souvenir d’une marque ou d’un modèle. Pour un musée, la documentation d’une collection est vitale, parce que le but n’est pas d’entasser du matériel sur des étagères, mais de conserver l’histoire qui va avec.

Radio Industrie n°35
Radio Industrie n°35 de 1923
Radio Industrie n°35 de 1923
M. Pierre Clerfeuille
M. Pierre Clerfeuille

Retour au menu

Route des ondes
Association HRC
Musée de la radio et des communications d'Auvergne