Histoire du
centre radioélectrique de Paris
Station de Sainte-Assise

Table des matières
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Avant propos
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Les communications télégraphiques de l’Etat Français
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Le centre radioélectrique de Paris
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La Seconde Guerre mondiale
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Aujourd’hui en 2025
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Conclusion
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Sources
Avant-propos
Dans les années 1920, il était courant d’écouter les stations télégraphiques militaires et tout type de transmission qui était pour la plupart des essais avant que la radiodiffusion ne vienne égayer le spectre radioélectrique. Bien sûr, au début, ses stations n’étaient vraiment pas nombreuses alors c’était un plaisir de les capter, voir même une belle performance pour ceux qui étaient loin de Paris.
Sainte Assise était une station puissante et écoutée par les “sans-filistes” passionnés. Comme cette station était, comme celle de la tour Eiffel, une station utilitaire d’origine militaire ou pour les besoins de l’Etat, elle ne transmettait que des messages télégraphiques. Mais alors pourquoi est-elle restée dans les listes des stations prisées par les “sans-filistes”?
Cette station n’a jamais diffusé de programmes pour le public. Elle n’a pas été construite pour cela et ne le fera jamais.
C’est grâce aux archives nationales et à la bibliothèque du musée que nous allons en apprendre un peu plus sur cette station , qui a son époque, a permis de démontrer le savoir-faire français et tout le génie dont les concepteurs ont fait preuve.
Les communications télégraphiques de l’Etat Français
La station télégraphique de la tour Eiffel, une fois opérationnelle, a très vite été saturée par les besoins de transmission de message ce qui rallonge considérablement le temps d’acheminement des messages. En 1920 une station télégraphique en périphérie de Paris est à l’étude. L’idée est d’avoir une grosse station puissante et capable de communiquer partout dans le monde. Ce projet sera confié à la compagnie générale de TSF (qui va devenir Radio France, mais qui n’a rien à voir avec le Radio France d’aujourd’hui) par une convention signée le 29 octobre 1920 par M. Deschamps, sous-secrétaire d’Etat au ministère des Travaux Publics, chargé des Postes, Télégraphes, Téléphones et M. Girardeau, administrateur de la Compagnie Radio-France.
Ils auront pour mission de construire et ensuite exploiter cette station pour les besoins de communication de l’État.
Le centre radioélectrique de Paris
Il faut préciser qu’on parle de la station de Sainte Assise, mais en réalité, ce n’est que la partie émission de la station.
Comme tout centre puissant, la réception ne peut se faire sur le même site, car les récepteurs seraient incapables de fonctionner correctement.
La station de réception est située à Villecresne, 20 km au nord de Sainte Assise.
Le centre de Villecresne se situait entre la rue du bois d’Auteuil et la caserne des pompiers, occupé aujourd’hui par le stade et la piscine.

Les deux centres sont pilotés depuis le 166 rue Montmartre à Paris.
Dans les archives officielles des PTT, cette station est nommée Le centre radioélectrique de Paris.
Sainte Assise a été choisi pour le centre d’émission à cause d’une nappe phréatique peu profonde sous la surface qui favorise le réfléchissement des ondes dans les hautes couches de l’atmosphère.
La station de Sainte-Assise était composée de trois bâtiments : la station Continentale, la station Transcontinentale, la station Ondes Longues.

La Continentale est équipée de deux alternateurs H.F. de 250 et 500 Kws. La longueur d’onde d’émission allait de 8 600 m à 11 000 m. par variation de la vitesse des alternateurs de 5 000 à 6 800 t/min. Les antennes étaient supportées par 16 pylônes de 250 mètres. Une autre antenne de type cône était supportée par un pylône de 250 m de haut. Un petit émetteur à lampes servait occasionnellement pour émettre sur des longueurs d’ondes comprises entre 2 000 et 6 000 m. et servait probablement de secours.
Le chantier est colossal et sera pourtant très vite achevé puisqu’en 1922, les premières transmissions débutent et l’année suivante, la station sera complètement opérationnelle.
Elle devient la station la plus puissante et la plus perfectionnée en 1923.

Au cours de l’année 1921, les ingénieurs du centre décident de procéder à des essais de diffusion un peu particuliers. N’oublions pas que ce centre est destiné aux communications télégraphiques et pourtant, ils décident d’essayer la diffusion de la voix. Aussi, le 26 juin 1921, ils vont diffuser un discours suivi d’un morceau de musique. Cette transmission sera écoutée par les participants d’une réunion en l’honneur de Branly qui se tient rue Blanche à Paris.

Un nouvel essai avec plus de puissance sera effectué quelques mois plus tard avec la retransmission de la Marseillaise interprétée par la cantatrice Yvonne Brothier qui a lieu au château de Saint Assise.
On lui demande de ne pas pousser les notes aiguës afin de ne pas détruire les lampes de l’émetteur, mais finalement, aucune lampe n’a subi de dommage.
La cantatrice sera écoutée à l’hôtel Lutétia lors d’un dîner en l’honneur d’Ampère auquel assiste le ministre des PTT de l’époque.
Il s’agit des deux seules retransmissions “radiodiffusées” réalisées depuis le centre de Sainte Assise pour montrer que l’équipe technique maîtrise parfaitement cette technique et que les émetteurs du centre sont parfaitement fonctionnels.

Le centre radioélectrique de Paris pouvait communiquer avec Bamako, Brazzaville, Djibouti, la Guadeloupe, la Guyane, le Maghreb, la Martinique, Nouméa, Papeete, le Sénégal et Tananarive.
De 1920 à 1935 d’autres centres de communications importants sortiront de terre tels que, Bordeaux-La Fayette, Lyon-La-Doua, Pontoise, Saint-Pierre-des-Corps.
À partir de 1939, seules, les Ondes Courtes étaient utilisées ; Sainte-Assise assurait les liaisons avec Buenos-Aires, Rio-de-Janeiros, Saïgon, Le Caire et les bateaux qui croisent dans l’Atlantiques sud.
La Seconde Guerre mondiale
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Sainte-Assise est sous le contrôle de l’occupant qui l’utilise pour les liaisons avec ses sous-marins. Le 17 août 1944 à l’approche des troupes alliées, les Allemands sabotent les centres de Sainte Assise et Villecresne dans la précipitation. Ils seront partiellement réparés avec les moyens disponibles de l’époque, mais seront entièrement refaits entre 1950 et 1954.
Aujourd’hui en 2025
Que reste-t-il aujourd’hui des installations de Sainte Assise?
Aujourd’hui, les installations ont évolué, mais elles sont toujours en service et la propriété de la Marine Nationale depuis 1991, qui les utilise pour les liaisons avec les sous-marins de la flotte française. Il y a toujours de très longues antennes et des émetteurs puissants. Les bâtiments de l’époque sont pour la plupart encore existants, mais pas utilisés. Compte tenu de l’aspect militaire et stratégique, il n’est pas possible de visiter les lieux.

Les archives ne contiennent pas d’autres détails si ce n’est des informations techniques sur les émetteurs et leurs puissances colossales. Cependant, sur le centre lui-même, nous ne pourrons pas en savoir davantage puisqu’il est encore en activité. Pour terminer cet exposé, voici une petite anecdote visible dans la presse qui relate l’activité toujours en évolution de ce centre de transmission.
En 2013, le journal local fait mention d’une polémique autour de la demande de l’armée qui souhaite fermer la petite route qui traverse le centre pour des raisons de sécurité et de développement d’une nouvelle antenne. Malheureusement, cette route dessert une petite commune et leurs habitants ne l’entendent pas de cette oreille.
C’est un sujet de défense nationale et de secret-défense, mais le responsable du site militaire rappelle que le centre fait partie des lieux stratégiques et qu’il est inclus au cœur du dispositif des transmissions de la force nucléaire française. En effet, il doit être en capacité de transmettre un éventuel ordre d’attaque nucléaire du président de la République. Le responsable indique que la portée des antennes est réduite ce qui induit des conséquences opérationnelles les mettant dans l’impossibilité de transmettre un ordre de tir imposant de ce fait, une extension du champ d’antenne.
Au-delà du contexte particulier de ce dernier paragraphe, cela permet de se rendre compte que la station de Sainte Assise vit toujours et qu’elle semble avoir encore de longues années de service devant elle, même si cette station ne peut pas procurer de plaisir aux sans-filistes modernes…
Conclusion
Depuis les années 1920 et les travaux du Général Ferrié, les stations puissantes de radiocommunications sortaient de terre comme des champignons après la pluie. Pour le plus grand plaisir des passionnés de radio, ces stations qui étaient bien plus nombreuses que celles dédiées à la radiodiffusion permettaient au public curieux de s’ouvrir sur un monde nouveau et mystérieux. Je pense que c’est pour cette raison que Sainte Assise, qui je vous le rappelle n’était pas destiné à la diffusion pour le public, est resté dans l’esprit des passionnés de radio. C’est un peu pareil, si je peux faire la comparaison “moderne”, avec le centre de Saint-Lys radio.
Nous aborderons ce centre prochainement, car les plus jeunes passionnés en entendent parler, sans trop savoir ce qu’il était et représentait pour bon nombre d’amateurs et les marins.
Les informations qui nous ont permis de rédiger ce texte sont issues des recherches en archives et de livres de la bibliothèque du musée. Voilà pourquoi certains sujets ont été abordés et d’autres pas. Ce n’est pas un roman, il convient de se fier à des faits historiques et d’occulter le reste, même si nous manquons de précisions, il est important pour nous de rester fidèle aux sources.
L’équipe du musée remercie tous ceux qui ont pris part à la rédaction de ce sujet.

Sources
Archive national ( https://francearchives.gouv.fr/findingaid/08568d5f4884deb297f66ff95a26f965be1660f4 )
POSTES ET TÉLÉCOMMUNICATIONS – 1800-1940 – RÉPERTOIRE NUMÉRIQUE DÉTAILLÉ – DE LA SOUS-SÉRIE 6P
Les livres
“Le siècle de la radio” J-C Montagné.
“Histoire de la radio” par René Duval
“La télégraphie sans fil” par A. Berget
“La télégraphie sans fil et les progrès dans la TSF” par Lucien Fournier
“Quand la radio s’appelait TSF” par Bernard Pouzols
Illustrations:
Collection Clerfeuille cartes postales du centre de Sainte Assise déposées au musée de la radio et des communications d’Auvergne.

Décembre 2025



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